|

“Al-Qadar”:
Réalisateur: Mounir Maasri.
Interprètes: Mounir Maasri, Gladys
Abou-Jaoudé, Joseph Nano, Nadia Gamal, Sylvana Badrakhan.
Production: 1972.
Durée: 120 mn.
Langue: Arabe,
sous-titres anglais.
L’histoire du film se déroule dans un milieu rural. Hamed
cherche à se libérer de l’ignorance et à se révolter contre
le féodalisme. Il se met à la quête d’une pierre précieuse
qui lui permettra d’atteindre la connaissance et la force.
“La Revue du Liban” a rencontré le réalisateur du film,
Mounir Maasri
Pourquoi “Al-Qadar”
Vous avez à votre actif
plusieurs films; pourquoi “Al-Qadar” est-il proposé pour le
festival?
Je ne sais pas. Je ne leur ai même pas demandé. Un coup de
fil de Ciné-Liban m’a prévenu. C’est un film qui a été nommé
en quatre festivals internationaux et a reçu beaucoup de
prix. La malchance, c’est que le jour où il a été projeté,
les Israéliens accomplissaient une opération à la rue
Verdun. La ville a été paralysée pour un certain temps. Avec
la guerre, le film est passé dans l’oubli.
Le titre accordé à votre film, montre-t-il votre
croyance au destin ou bien est-ce la croyance des Arabes
dont il s’agit?
Le Libanais croit au destin, même le chrétien: al-moukaddar,
al-maktoub. Oui, je crois à des rencontres qui se font dans
notre vie. Comme le dit Anthony Quinn: La vie te fait des
clins d’œil qu’il faut bien capter. A nous de les voir ou de
les outrepasser.
Vous faites allusion à l’ignorance et au
féodalisme pour montrer leur négativisme sur l’être et la
société. Est-ce là un appel à une révolte contre un système
politique ou même une religion qui refuse l’ouverture sur le
monde?
Certainement. Je refuse toute forme d’oppression humaine sur
toutes les échelles. De quel droit un homme se réserve-t-il
le droit d’opprimer, d’oppresser l’autre? On est né libre.
Il est possible de dépasser cette situation. C’est une lutte
journalière que mène l’individu.
La pierre jetée à la fin du film dans l’eau,
est-ce pour conclure qu’on ne peut forcer les choses dans la
vie et qu’il faut s’y soumettre?
Oui, car à la fin, la femme de Hamed a été tuée; son enfant,
aussi. Il a forcé son destin en voulant garder la pierre,
même si c’est pour un objectif humble, comme celui de bâtir
une école pour éduquer les enfants.
La vie est un partage
On relève, aussi, une
scène assez osée dans le film. Doit-on conclure à une plus
grande ouverture dans les années 70? Ou bien doit-on songer
plus au pouvoir de la femme, sa femme qui a réussi à le
faire succomber?
La scène osée est avec sa femme. Elle voulait lui montrer
qu’elle n’avait que son amour à lui offrir. Dans une société
orientale, la femme s’offre, non l’homme qui prend
l’initiative. Je crois que c’est l’emplacement dramatique de
la scène, dans le cadre de l’évolution dramatique du film.
Deuxièmement, les angles de prise de vue, la lumière, le
montage de la scène ont donné un aspect lyrique, poétique.
C’était une scène sensuelle, une messe d’amour. Mes
intentions en dirigeant ce film, n’étaient pas l’érotisme
mais de faire partager un moment d’amour. Pour ce qui est de
la femme, j’ai toujours pensé qu’à tous les âges, il y avait
des femmes soumises comme d’autres ayant du caractère.
L’histoire nous parle de ces femmes qui ont un grand pouvoir
sur les hommes même si ce n’est pas révélé publiquement. La
femme dans mon film discute et argumente avec son mari.
Finalement, la vie est un partage.
Seulement quatre anciens films libanais ont été
projetés au festival du cinéma européen. Qu’en dites-vous?
Le Liban a voulu montrer qu’avant la guerre, il avait un
ciné valable. Toute une génération libanaise ignore cette
industrie cinématographique. C’est l’intention en fouillant
dans l’archive.
Je ne suis pas d’accord sur le fait qu’il n’y a pas un
cinéma libanais, même si les films sont rares. N’oublions
pas que la télé a tout bouffé. Les jeunes ont tendance à
penser que, si le film n’est pas fait avec une pellicule 35
mm, il ne peut être considéré comme un film de ciné. En
Europe, la majorité des jeunes réalisateurs sont en train de
tourner avec une caméra vidéo. Le langage, le mode
d’expression, le message restent les mêmes. La qua-lité est
le contenu de l’image et non l’image elle-même.
Quelle est la situation du ciné au Liban?
Comme partout dans le monde, il y a les bons éléments, comme
les moyens et les médiocres. Le médiocre s’élimine de
lui-même au profit du bon film qui survit de lui-même. Il
faut arrêter de dire qu’il n’y a pas un ciné libanais. Même
quand on produisait dix-sept films par an, en se comparant à
l’Egypte ou aujourd’hui à l’Inde, on répétait ces mêmes
propos. Actuellement, il y en a encore. tant qu’il y a des
gens qui portent une caméra. L’important est qu’il y ait des
metteurs en scène pour les longs métrages et non pour la pub
et les vidéo-clips. Ce qui manque au Liban, ce sont des
metteurs en scène versés dans le drame. |